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Astrologie et religions : des temples de Babylone aux débats d’aujourd’hui

Bonne lecture
17 oct.
6 min de lecture


Des signes du zodiaque sur les portails des cathédrales, des astrologues auprès des papes, des traditions astrales dans les mondes juif, musulman et hindou… L’histoire de l’astrologie et des religions est bien plus entrelacée qu’on ne l’imagine. Pour la comprendre, il faut remonter jusqu’à la Mésopotamie, où le ciel était lu comme un langage divin.


Aux origines : la Mésopotamie et le langage des dieux


Dans cette région située principalement dans l’Irak actuel, des textes conservés témoignent de l’interprétation des éclipses dès le deuxième millénaire avant notre ère.

En Babylonie et en Assyrie, des savants observent les astres et interprètent leurs apparitions. Les mouvements célestes sont envisagés comme des signes des intentions des dieux. Leurs lectures concernent d’abord largement le roi, les récoltes, les guerres et le devenir du pays.

Nous sommes encore loin de la consultation individuelle actuelle. Observer le ciel, accomplir des rites et conseiller le souverain relèvent d’un même univers de savoirs. Religion et pouvoir politique sont étroitement liés.

Les lettres des savants assyriens montrent aussi que les présages défavorables pouvaient appeler une réponse rituelle : l’annonce d’un danger ne signifiait pas toujours qu’il fallait simplement le subir.


De Babylone au monde grec : la naissance de l’horoscope


À partir de la fin du Vᵉ siècle avant notre ère, des horoscopes individuels sont attestés en Babylonie.

Puis, dans le monde hellénistique, les traditions mésopotamiennes et égyptiennes rencontrent la philosophie et l’astronomie grecques. De ces échanges naît progressivement l’astrologie horoscopique dont procède une partie de notre héritage occidental.

Ce que nous appelons aujourd’hui « astrologie » est donc le résultat de transformations et de rencontres, plutôt qu’un enseignement unique resté inchangé depuis l’origine.

L’Égypte en offre une image remarquable : le célèbre zodiaque de Dendéra, aujourd’hui conservé au Louvre, provient d’une chapelle d’Osiris du temple d’Hathor. Il date du Iᵉʳ siècle avant notre ère.

Sa présence dans un sanctuaire rappelle combien la représentation du ciel pouvait s’inscrire dans la vie religieuse. Il ne faut toutefois pas projeter sur toute l’Égypte pharaonique ce témoignage tardif.


Le judaïsme : des interprétations et des débats


Avec les traditions monothéistes, une question devient centrale : quelle place reconnaître aux astres si Dieu demeure souverain ? Les réponses sont diverses, y compris au sein d’une même religion.

Dans le judaïsme, des signes zodiacaux apparaissent sur des objets rituels et dans certaines synagogues anciennes, comme à Beit Alfa. Mais cette présence artistique ne signifie pas une adhésion unanime à l’astrologie.

Au Moyen Âge, Abraham ibn Ezra lui accorde une place importante, tandis que Maïmonide la rejette. La tradition juive témoigne ainsi de débats internes, plutôt que d’une position historique uniforme.


Le christianisme : influences célestes et liberté humaine


Du côté chrétien, les réserves sont anciennes. Aux IVᵉ et Vᵉ siècles, saint Augustin critique l’idée que les astres puissent déterminer la destinée humaine.

Si nos actes sont imposés par le ciel, que deviennent notre responsabilité et notre liberté de choisir ? Cette objection précède de plusieurs siècles les grands portails zodiacaux des cathédrales.

Il existe pourtant, au Moyen Âge, une distinction entre influences naturelles et divination. Thomas d’Aquin admet, dans la conception de la nature de son époque, que les corps célestes puissent agir sur les dispositions corporelles et les passions. Il maintient cependant que la raison peut résister à ces inclinations.


Reconnaître une influence et préserver la liberté ne sont donc pas nécessairement incompatibles dans cette pensée.


À Chartres, les signes du zodiaque sont associés aux travaux des mois. Ils inscrivent les saisons et les activités humaines dans l’ordre de la création.

Leur présence nous parle d’une culture où le ciel, le temps et la vie spirituelle étaient étroitement liés ; elle ne constitue pas, à elle seule, une autorisation de consulter les horoscopes.


Le monde musulman : transmission des savoirs et controverses


Le monde musulman médiéval joue un rôle majeur dans l’étude et la transmission des savoirs astronomiques et astrologiques.

À partir des VIIIᵉ et IXᵉ siècles, des textes grecs, persans et indiens sont traduits en arabe. Des auteurs comme Abou Maʿshar développent des œuvres astrologiques qui circuleront ensuite en Europe.

Des souverains consultent les astrologues, tandis que des théologiens contestent leurs prétentions. Là encore, le soutien des cours ne signifie pas l’approbation religieuse de toutes les pratiques.


En Inde, une tradition toujours liée à la vie religieuse


D’autres traditions suivent des trajectoires différentes. En Inde, le jyotisha associe historiquement des savoirs astronomiques, calendaires et astrologiques.

Les almanachs servent notamment à fixer des fêtes religieuses et à rechercher des moments favorables pour certaines activités ou cérémonies. Ce lien demeure vivant dans divers milieux hindous.

L’histoire européenne de la condamnation de l’astrologie ne peut donc pas être appliquée à toutes les religions.


À la Renaissance, des papes consultent les astrologues


La Renaissance européenne fait apparaître des contradictions particulièrement frappantes.

Jules II recourt au conseil astrologique pour le commencement des travaux de Saint-Pierre ; Léon X crée une chaire d’astrologie à Rome.

Certains papes participent ainsi à une culture astrologique que d’autres autorités religieuses contestent. Leurs pratiques personnelles ne correspondent pas toujours à une ligne doctrinale cohérente.


Pourquoi l’Église catholique durcit-elle sa position ?


Le durcissement catholique devient particulièrement net aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles : réglementation des ouvrages par l’Index, bulle de Sixte V en 1586, puis nouvelles mesures sous Urbain VIII en 1631.

Les raisons sont théologiques, mais aussi politiques. Prédire la mort d’un pape pouvait alimenter les rivalités et déstabiliser son autorité. Contrôler les prédictions revenait également à contrôler leurs effets sur la vie publique.

On ne peut cependant pas ramener toute cette histoire à une seule volonté de pouvoir : les convictions religieuses et les intérêts institutionnels s’y entremêlent.


Aujourd’hui : distinguer fatalisme et lecture symbolique


Aujourd’hui, le Catéchisme catholique cite explicitement l’astrologie parmi les pratiques rejetées dans son passage sur la divination.

Mais les praticiens contemporains ne donnent pas tous le même sens à leur démarche. Une lecture fataliste du thème et une approche symbolique centrée sur les potentialités ne reposent pas sur la même conception de la personne.

Cette distinction ne suffit pas à établir la validité des interprétations ; elle mérite néanmoins d’être entendue pour que le débat porte sur les pratiques réelles.


Ma vision : un champ de potentialités


Pour ma part, je ne considère pas le thème de naissance comme une biographie rédigée à l’avance. Je l’aborde comme un champ de potentialités dont l’expression dépend du vécu, de l’éducation, des rencontres et du contexte socioéconomique.

J’aime le comparer à une pellicule photographique : l’image ne se révèle qu’au contact de la lumière qu’elle reçoit.

Dans cette métaphore, cette lumière représente les conditions de l’existence. Une même potentialité peut ainsi prendre des formes très différentes selon le parcours de chacun. C’est une manière personnelle de concevoir ma pratique, nourrie par mon expérience de consultation.

« Les astres inclinent, mais ne déterminent pas. »

Cette maxime exprime l’espace que je souhaite laisser à la conscience et au choix. L’accompagnement consiste alors à explorer des possibilités, à éclairer des tensions et à ouvrir une réflexion, sans enfermer une personne dans une prédiction.


Cette traversée de l’histoire nous invite à regarder avec nuance les liens entre spiritualité, connaissance et autorité. Une tradition religieuse peut porter une vision du monde sans épuiser, à elle seule, toutes les questions humaines. Et toute pratique d’interprétation gagne, elle aussi, à reconnaître les limites de son regard.



Sources et repères historiques

[1] British Museum, tablette de présages d’éclipses, 1900–1600 av. J.-C. :https://www.britishmuseum.org/collection/object/W_1892-0516-311ORACC, Ancient Knowledge Networks, « Technical terms » :https://build-oracc.museum.upenn.edu/cams/akno/Technicalterms/


[2] ORACC, State Archives of Assyria 10, lettre 112, présages et rites :https://oracc.museum.upenn.edu/saao/saa10/P238052


[3] ORACC, « Technical terms », rubrique astrology (horoscopes babyloniens) :https://build-oracc.museum.upenn.edu/cams/akno/Technicalterms/Alexander Jones, Institute for the Study of the Ancient World, « A Hellenistic astrologer’s board from Croatia » :https://isaw.nyu.edu/news/a-hellenistic-astrologers-board-from-croatia


[4] Musée du Louvre, « Zodiaque de Dendéra » :https://collections.louvre.fr/en/ark:/53355/cl010028871


[5] Jewish Museum, « Signs and Symbols: The Zodiac » :https://thejewishmuseum.org/press/zodiac-scenes-release/Israel Nature and Parks Authority, Bet Alfa Synagogue National Park :https://en.parks.org.il/reserve-park/bet-alpha-synagogue-national-park/Alan J. Avery-Peck, « Astrology in Medieval Judaism » :https://www.myjewishlearning.com/article/astrology-in-medieval-judaism/


[6] Augustin, La Cité de Dieu, livre V (traduction anglaise) :https://www.newadvent.org/fathers/120105.htm


[7] Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, question 95, article 5 (traduction anglaise) :https://www.newadvent.org/summa/3095.htm


[8] Cathédrale de Chartres, « Les travaux des mois — Janvier » :https://www.cathedrale-chartres.org/mediasrc/les-travaux-des-mois-janvier/


[9] Marika Sardar, Metropolitan Museum of Art, « Astronomy and Astrology in the Medieval Islamic World » :https://www.metmuseum.org/fr/essays/astronomy-and-astrology-in-the-medieval-islamic-world


[10] Université d’Oxford, « Calendars, rituals, and astral science in India: a case study » :https://ora.ox.ac.uk/objects/uuid:4943f11e-66ed-4064-9be9-a7299fb0dea5


[11] Michelle Pfeffer, Oxford TORCH, « The dangerous business of predicting the death of popes – a history » :https://torch.ox.ac.uk/article/the-dangerous-business-of-predicting-the-death-of-popes-a-history


[12] « Nautical astrology: a forgotten early modern tradition », Annals of Science :https://doi.org/10.1080/00033790.2023.2179111Neil Tarrant, « Reconstructing Thomist astrology: Robert Bellarmine and the papal bull Coeli et terrae », 2020 :https://eprints.whiterose.ac.uk/id/eprint/206473/Michelle Pfeffer, Oxford TORCH, article cité en [11].



 
 
 

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